Quand on parle de la baisse de fréquentation des expositions canines, et notamment du Championnat de France, on cherche souvent une explication unique : le lieu, la météo, le calendrier, les juges, l’ambiance ou encore les réseaux sociaux.
Tous ces éléments peuvent jouer.
Mais il y a une évidence qu’il faut regarder en face : les expositions coûtent de plus en plus cher.
Et je ne parle pas uniquement du prix de l’engagement.
Le seuil psychologique du prix
L’engagement est déjà un premier frein. Quand on a l’habitude de gagner, de faire des résultats, ou quand on vient avec un objectif précis, on accepte plus facilement de payer un tarif élevé.
Mais pour un exposant occasionnel, pour un jeune éleveur, pour quelqu’un qui débute, ou pour une personne qui sait qu’elle vient surtout « pour voir », le prix psychologique est vite atteint.
Engager un chien à 45 ou 50 euros reste encore acceptable pour beaucoup.
Engager un chien à plus de 100 euros devient une décision beaucoup plus lourde.
Surtout quand on sait que cet engagement n’est que le début.
Ce que coûte vraiment un week-end
Il faut ajouter le carburant, les péages, l’hôtel, les repas, le matériel, la préparation, parfois des jours de travail perdus, et toute l’organisation autour des chiens restés à la maison.
Au final, un week-end d’exposition peut rapidement représenter plusieurs centaines d’euros. Pour certains, cela dépasse même largement ce montant.
L’exposition rapporte-t-elle à l’élevage ?
Dans ce contexte, beaucoup d’éleveurs font un calcul simple.
Est-ce que cette dépense apporte réellement quelque chose à mon élevage ?
Et c’est là que le problème devient plus profond.
Beaucoup considèrent, à tort ou à raison, que faire des expositions, ne pas en faire, obtenir de bons résultats ou ne pas en obtenir, ne change finalement pas grand-chose à la demande qu’ils ont sur leurs portées.
Dans la grande majorité des cas, un résultat en exposition ne permet pas de vendre plus facilement, ni de vendre plus cher.
Il existe bien sûr des exceptions. Certains savent parfaitement mettre en valeur leurs victoires, construire une image autour de leurs chiens et transformer les résultats en véritable outil de communication.
Mais pour beaucoup d’éleveurs, l’exposition reste surtout une dépense supplémentaire.
Une dépense de passion.
Une dépense de loisir.
Une dépense de sélection, parfois.
Mais rarement une dépense qui rapporte réellement.
Et quand les temps deviennent plus durs, ce sont justement les dépenses considérées comme non indispensables qui sautent en premier.
Un Championnat n’est pas un salon grand public
Il faut aussi être honnête : un Championnat de France n’est pas un événement avec un vrai public extérieur. Les personnes présentes sont principalement des exposants, des éleveurs, des handlers, des commerçants et des passionnés déjà dans le milieu.
Nous ne sommes pas au salon du chiot, et ce n’est d’ailleurs pas ce que doit devenir un Championnat de France.
Un éleveur sérieux ne vient pas au Championnat pour vendre un chiot au premier visiteur venu. Il vient présenter son travail, comparer ses chiens, obtenir un avis, éventuellement un titre, et participer à un événement cynophile important.
Mais économiquement, cela veut dire une chose simple : l’exposition apporte rarement un retour direct.
Elle coûte, mais elle ne rapporte pas forcément.
Et lorsque le coût devient trop élevé, même de bons éleveurs finissent par ne plus venir.
Ce n’est pas forcément parce qu’ils n’aiment plus les expositions. Ce n’est pas forcément parce qu’ils ne croient plus au jugement ou à la sélection. C’est parfois simplement parce que le rapport entre le prix payé et l’intérêt réel devient trop difficile à justifier.
Personne ne gagne vraiment d’argent
Il faut aussi reconnaître que la SCC et les organisateurs ne gagnent pas forcément d’argent avec ces événements. Organiser une exposition coûte cher : location du site, juges, personnel, matériel, sécurité, vétérinaire, assurances, logistique.
Le problème n’est donc pas simplement de dire : « ils n’ont qu’à baisser les prix ».
Mais il faut commencer à réfléchir sérieusement à un modèle dans lequel l’exposition redevient financièrement accessible.
Parce qu’à force d’augmenter les tarifs, on finit par perdre ceux qui hésitent.
Et quand on perd ceux qui hésitent, on perd les nouveaux, les occasionnels, les petits élevages, mais aussi une partie des bons éleveurs qui n’ont plus envie de payer autant pour un retour aussi incertain.
À partir de quel prix cela n’en vaut plus la peine ?
La question n’est donc pas seulement :
« Combien coûte l’engagement ? »
La vraie question est :
« À partir de quel prix l’exposant décide-t-il que cela n’en vaut plus la peine ? »
Aujourd’hui, pour beaucoup, ce seuil psychologique semble atteint.
Et si nous voulons comprendre la baisse de fréquentation, il faut commencer par là : l’exposition est devenue trop chère par rapport à ce qu’elle apporte réellement à une grande partie des exposants.
Le prix n’explique pas tout. Mais il explique déjà beaucoup.
Partie 2 à venir. La baisse des expositions : et si le problème était aussi la confiance dans les jugements ?